Laboratoire de Recherches de l'Ecole du Paysage

LAREP

 

Une épistémologie de l'histoire des jardins,

des paysages et des villes

 

 

Contact : Catherine Chomarat-Ruiz

  


Une épistémologie de l'histoire des jardins, des paysages et des villes

.2008-2012

Dans une perspective épistémologique, Catherine Chomarat-Ruiz s'attache à la manière dont s'élabore l'histoire des jardins, des paysages et des villes, c'est-à-dire aux conditions d'émergence de connaissances nouvelles et, à l'inverse, aux obstacles que cette discipline rencontre dès lors qu'elle s'intéresse à ces trois objets.

Ces recherches présentent par conséquent un volet critique. Il consiste à mettre au jour les représentations, les attentes, voire les présupposés impliqués dans ce que les historiens, ou ceux qui se réclament de l’histoire, donnent pour des connaissances indiscutables. Cette démarche invite à déconstruire certaines études menées en vue de restaurer des jardins historiques. A titre d’exemple du corpus qui sera exploré, il est possible de citer Lathan, sis dans la commune de Breil (Maine-et-Loire), pour montrer que le parti pris de la période, la restitution d’éléments du parc (fabriques et souterrains) et la création d'un jardin évoquant la " carte du Tendre " (Madeleine de Scudéry) reposent sur une interprétation erronée des archives, donnant lieu à un projet peu soucieux de rigueur historique et contestable.

Articulé à cette entreprise de déconstruction, ces recherches comportent un autre volet où il s'agit de contribuer à une meilleure connaissance de l'histoire des jardins, des paysages et des villes en empruntant des concepts opératoires -hétérotopie/utopie, souvenir/image poétique, espace cartésien/riemannien...- et des théories explicatives - théorie des structures dissipatives, théorie de la réception...- à des disciplines autres : philosophie, littérature, mathématique, physique-chimie...

On connaît la fécondité du concept d' " hétérotopie " pour la compréhension de l'espace propre aux parcs à fabriques. Parmi l’ensemble des cas retenus, sera étudié le parc des Folies Siffait et du paysage de la Loire où se dressent, depuis le XIXe siècle, ses trente-neuf terrasses atteignant, parfois, plus de douze mètres de haut. Ce site permettra d’éprouver la pertinence d’une " poétique de l’espace " à partir des productions artistiques auxquelles il s’est prêté, des aquarelles de Turner au documentaire d’Agnès Varda.

Au plan des théories importées d'autres disciplines, il est prévu de cerner l'influence réelle et en grand partie fantasmée, y compris quand elle est explicitement revendiquée, que les " lois de Chevreul " ont pu exercer sur les paysagistes coloristes du début du siècle (G. Jekyll). Autre élément dans ces confrontations théoriques, l’application à la ville de la " théorie des structures dissipatives " que Prigogine a mise au point pour rendre compte de l’apparition de structures dans des systèmes qui échangent de l’énergie avec leur environnement. Si les villes relèvent de ces formes d’organisation sans centre, non intentionnelle, disposant d’une temporalité propre et d’une causalité spécifique, y a-t-il encore une place pour un paysagiste concepteur et/ou médiateur ?

Explicitement issue de la philosophie, nourrie d'interdisciplinarité, ces recherches ont donc la particularité d'être à la fois fondamentales et appliquées. Fondamentales, parce que la saisie de ces connaissances suppose de rechercher et d'analyser les productions textuelles et graphiques relatives aux jardins, paysages et villes ; appliquées, parce qu'elles se mettent en oeuvre aux contacts de lieux posant, parfois, des problèmes d'ordre patrimonial et engageant, toujours, une démarche de projet dans une perspective de conservation, de restitution ou de création.

Ici, il sera notamment question de poursuivre la traduction des textes espagnols liés à des lieux tels que le jardin de la Casa del Campo à Madrid (Gregorio de los Ríos Agricultura de jardines), ou celui de Pedro Soto de Rojas à Grenade (Paraíso cerrado para muchos, jardines abiertos para pocos). Ces textes marquent le passage de l'agriculture au jardin d'agrément, ils éclairent l'émergence d'une notion au statut incertain, “le paysage espagnol”, à partir de l’intérêt prêté aux jardins. Ils suggèrent enfin l’influence que cette notion a pu avoir sur les créations des paysagistes français des années trente et pour l’avènement d’une conscience patrimoniale espagnole.


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