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Ecole nationale supérieure du paysage de Versailles
Laboratoire de recherches

Actes des séminaires «Etapes de recherches en paysage»

Numéro 7, 2004-2005



Sondes Zaïer :

«Les jardins de la Tunisie husseinite»


Résumé




Entre nature et culture, les jardins sont généralement le reflet de leur époque, d'une certaine relation à la ville et au territoire qui n'est pas vécue de la même manière à toutes les périodes de l'histoire.

Durant le règne de la dynastie husseinite (1705-1957), de nombreux jardins ont été créés par les Beys autour des palais qu'ils construisaient dans les environs de Tunis. Ces jardins, témoins d'une période de prospérité et de paix relative, ont été remarqués en leur temps par des voyageurs qui en ont décrit la grandeur et la majesté, avant qu'ils ne tombent partiellement dans l'oubli.

L'étude détaillée de leur forme et de leur mode d'implantation nous a permis d'en ressortir les traits les plus caractéristiques et de les classer selon trois types principaux :

- Le premier type était organisé autour d'un verger, dominé par l'oranger et divisé en plusieurs parcelles géométriques entourant le palais sur trois côtés.

- Le second, également planté d'orangers et d'autres arbres fruitiers, était structuré par des perspectives ouvrant des vues sur le jardin lui-même et, au-delà, sur la campagne environnante.

- Le troisième, empruntant aux deux précédents, était composé de deux parties, l'une fermée, proche du palais et réservé à un usage intime, l'autre extérieure et ouverte sur la campagne.

L'objet du présent article est de révéler, à travers l'étude des traits caractéristiques de ces jardins, la relation singulière que les Beys avaient voulu établir entre leurs palais et le paysage environnant, relation dans laquelle les jardins remplissaient à la fois un rôle de lien visuel et d'espace de transition.
Nous nous interrogerons ensuite, à travers l'étude détaillée de Ksar Essaâda à La Marsa, sur la place que pourraient occuper aujourd'hui ces jardins dans la mémoire collective et dans les pratiques culturelles tunisiennes.

Construit en 1912 par le quinzième Bey de la dynastie husseinite, le jardin de Ksar Essaâda est aujourd'hui ouvert au public. Rendu attractif, malgré son entrée payante, par les nombreuses activités qui y sont installées, il ne joue pas autant qu'il pourrait le faire son rôle de lieu de mémoire, alors que ses qualités originales ainsi que son bon état de conservation permettraient d'en faire un jardin historique de grande valeur.

On cherchera dans quelles conditions ce jardin désormais public pourrait remplir sa fonction sociale d'espace de loisir, très demandée par les habitants, tout en offrant les qualités didactiques d'un espace qui est le témoin d'une période historique importante.